Ne suivez pas le petit lapin blanc
Lorsque Simon franchit de nouveau les portes de la banque Valmont, il comprit immédiatement que son retard n'était pas passé inaperçu. Le responsable d'agence l'attendait près des guichets avant de s’isoler dans le coin du hall réservé pour ses rendez-vous clients.
Simon baissa machinalement les yeux vers sa montre. Les aiguilles n'avaient pas bougé. Il se souvint alors de la boutique. Du lapin. De cette poussière blanche. Son remplaçant Henri était ponctuellement là présent, investi à son poste, notamment pour instruire des dernières procédures. — Je vous prie de m'excuser. J'ai eu un contretemps. Simon n’avait pas un grand contact avec ce supérieur spécialisé dans les actions clientèles, la tenir au courant des nouveautés sur les actions en cours. Tous ces employés fonctionnaient néanmoins côte à côte. Et celui-ci consulta sa propre montre, Albert attendait le retour d’Henri pour être à jour dans les dernières instructions. Mais ce simple geste devant lui, embarrassa Simon davantage que n'importe quel reproche.
— Ce n'est pas dans vos habitudes…
— Non. Justement.
Simon aurait pu expliquer que sa montre s'était arrêtée. Parler de la boutique, peutêtre. Du petit animal dans cette cage ouverte. Il imagina un instant la scène racontée à voix haute. Un lapin blanc. De la poussière dans les yeux. Le temps qui lui avait semblé ralentir. L’espace, sans parler de liberté sur le moment, avait agréablement surpris Simon. Mais l’interdépendance qui existait dans son travail à la banque le faisait vivre et communiquer. Il avait le sentiment de sortir de son isolement. Non. Pas de complications…
— Ma montre s'est arrêtée. Je n'ai pas vu l'heure passer. Ce n'était pas une excuse qui lui plaisait. Une montre défectueuse n'avait jamais empêché personne de respecter un horaire. Et surtout pas lui.
— Votre collègue Henri n’a pu prendre sa pause, et on a un programme chargé ensemble, lui rappela Albert. Simon regarda son remplaçant.
— Je suis désolé. Tu peux y aller Henri. L'homme quitta son poste sans commentaire. Simon prit sa place. Tout était exactement comme il l'avait laissé avant midi. Les coffres qu'il avait ouverts le matin seraient refermés par lui le soir, avant que les clés ne soient remises à la caisse centrale. Le lendemain, il les récupérerait et recommencerait. Depuis des années, le même rituel. Ouvrir. Contrôler. Refermer. Vérifier. Restituer. Reprendre. Simon aimait cette précision. Cette voie, il la devait en partie à une tante fonctionnaire qui, des années auparavant, lui avait offert un appui et ouvert les portes d’un milieu professionnel que beaucoup recherchaient. Cette régularité presque structurelle lui avait apporté une stabilité.


