La Valeur de l’Or
Face au miroir, Judith ne cherchait plus de réponses. Elle savait déjà. Madre Rita n’était plus là pour la guider. Seulement pour lui rappeler ce qu’elle ne pourrait éviter.
— Ce qui vient… tu ne pourras pas le détourner… Elle avait déjà franchi le seuil. Désormais, ce n’était plus une question de choix. Ni de position face à ce que le monde tenait pour vrai. Ce monde semblait tenir en équilibre. Une chose ne pouvait exister sans son contraire. Le chaud avec le froid. Le jour avec la nuit. La vie avec la mort… La guerre avec la paix. La richesse avec la pauvreté. Face à ce qu’il appelait valeur… elle comprenait désormais que le monde ici-bas ne reposait pas toujours sur des forces opposées, mais sur les visages multiples d’une même réalité. Et face à ce miroir, ce qu’elle allait traverser encore ne pourrait plus redevenir invisible.
Judith avait cheminé avec les préceptes et l’éducation que le monastère lui avait transmis, avec la subtilité d’un accompagnement spirituel, durant la traversée d’une époque tourmentée de son enfance, là où la femme n’avait pas encore de place. Situé dans la province de Palenque au Mexique, où elle habitait en partie.
Elevée par sa tante. La Tia Anna, lui avait appris à défendre les terres d’une grande propriété. Celle que son père lui avait léguée. Sa ligne de vie en soutenait pourtant la trace, comme marquée au fer rouge. Elle croyait porter une mystérieuse mission, une direction obscure qui devait la confronter à des vérités irrationnelles. Des événements perturbateurs et un viol, puis la tentative de suicide n’avait pas suffi à résoudre ce qui, en elle, restait lié à l’enfance. Son passage forcé dans un hôpital psychiatrique n’était pas pour Judith un lieu d’accumulation de ces mémoires, notamment celles liées à l’abandon forcé de sa fille Sarah, laissée au couvent Del Monte Carmela au Salvador
— des mémoires dont certaines avaient été partiellement guéries.
La Valeur de l’Orinterroge ce que nous appelons valeur — argent, pouvoir, réussite — et révèle les accords invisibles qui structurent nos sociétés. À travers Judith, une femme confrontée à une expérience qui la dépasse, le temps cesse de l’atteindre, et s’ouvre un basculement intérieur où les repères cèdent, et où ce qui semblait réel se défait. « La Muñeca » ouvre alors un seuil : un espace où l’illusion ne tient plus, là où une autre intelligence, collective et silencieuse, commence à agir. L’or n’y apparaît plus comme une richesse à conquérir, mais comme une évidence retrouvée. Un ouvrage initiatique et profondément actuel, où ce qui ne peut être acheté reprend sa place. À la frontière du visible et de l’invisible, la Valeur de l’Or prolonge une traversée contemporaine du monde, où la mémoire du vivant affleure sous la surface des choses. À travers une écriture sensible et initiatique, Jamaël explore les liens subtils entre conscience et expérience vécue. Ses récits ouvrent des passages, là où le langage symbolique rejoint une réalité plus profonde, souvent oubliée. Auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la philosophie spirituelle, il poursuit une œuvre singulière où se rencontrent transformation intérieure et regard sur le monde. Il est notamment l’auteur de Eurydice ou le vertige de l’Eau Noire, Mémoires d’un Curandero (en deux volumes), ainsi que de Transmutancia ou le Breuvage des Dieux, premier volume de cette traversée. Nourri par une expérience vécue au Pérou, au contact des traditions ancestrales, Jamaël développe l’écriture qui devient un espace de présence. Entre récit, contemplation et exploration intérieure, son œuvre invite à une écoute plus vaste — là où la vie ne se retient plus… mais se traverse.


