Moi, qui suis Eveillé…
L’Eveil, dans de nombreuses traditions, suppose un certain détachement de l’identité personnelle. Dès que l’on affirme intérieurement « je suis éveillé », l’état vécu risque de devenir une nouvelle identité… Une représentation de soi… Parfois un statut. C’est le cas de certains ayant peu de formations, ou au contraire, détenant techniques et plusieurs stages accumulés, sans expériences pratiques…

Ceci peut aussi peut s'adresser à des enseignants entourés de nombreux élèves…
L’adhésion à une discipline collective du monde venant à soi, approuverait ici, l’acquisition parfois illusoire de cet état d’Eveil.
« Être » ce thérapeute qui conduirait vers l’Eveil… N’est pas la même chose que s’identifier soi-même comme un être éveillé. L’expérience d’Eveil et l’identification à l’Eveil, sont deux choses différentes. On peut avoir connu des expériences profondes, de dépouillement du moi, ou de transformation de la conscience sans pour autant devoir bâtir, une identité « d’être éveillé ! ».
Là, nous sommes dans la simple critique de « l’éveilleur ». Alors que reste-t-il de l’Eveil lorsque l’expérience vécue elle-même, n’est plus présente ?
L’état d’Eveil n’est pas nécessairement un état acquis une fois pour toutes ! Non. Ces traversées peuvent être vécus avec une grande intensité, transformer profondément notre perception, puis irrégulièrement s’atténuer ou se modifier, et même s’éteindre. La rencontre a eu lieu, mais l’état qui le suit n’est plus permanent.
C’est précisément là que naît l’identification à cette sagesse, ou encore à ce juge impartial. Ce qui fut une expérience de conscience devient graduellement, une définition de soi : « Je suis éveillé ». Et le paradoxe troublant de cet état ayant libéré l’individu de certaines constructions du moi, peut devenir à notre insu, une nouvelle construction qui s’ajoute de manière illusoire et successivement à cet état.
Le danger vient de cette image que l’on s’efforce d’incarner devant les autres. L’éveil doit être confirmé, et entretenu par ceux qui nous entourent. Et ces expériences incitent parfois à fabriquer une « identité spirituelle ». Ce phénomène ne concerne pas uniquement le thérapeute ou l’enseignant. Il apparaît aussi simplement chez celui qui accompagne.
Le Coach peut s’identifier à celui qui sait, qui voit où qui éveille. Fort de son expérience, il peut considérer sa perception comme plus juste et interpréter toute résistance comme le signe que l’autre n’a pas encore tout compris. Mais le patient peut rencontrer le piège inverse.
À mesure que sa conscience s’ouvre et que certains concepts illuminent, l’étudiant peut éprouver le sentiment d’avoir atteint une position équivalente à celle de son enseignant. « Je commence à comprendre, devient…
Je sais, puis… Je sais autant que celui qui m’accompagne ». Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause l’égalité radicale entre deux êtres.
Mais l’égalité humaine ne signifie pas « Identité d’expériences, de fonction ou de responsabilité ». Un enseignement authentique doit conduire progressivement à l’autonomie, et non maintenir celui qui le reçoit dans une position de dépendance. La remise en question reste essentielle. Un patient qui ne questionnerait jamais ce qu’il reçoit risquerait de remplacer la dépendance par l’adhésion. Mais lorsque la contestation devient systématique, et uniquement à invalider, elle peut parfois constituer une nouvelle forme de résistance.
C’est alors que les deux postures peuvent se rencontrer et s’affermir mutuellement. Plus le patient affirme qu’il n’a plus rien à recevoir, plus l’enseignant peut être tenté de réaffirmer sa position. Et plus l’enseignant défend son autorité, plus le patient peut éprouver le besoin de s’en affranchir. Ce qui devait être un processus d’éveil devient alors un combat. Et là nous nous infiltrons dans un conflit d’ego.

Mais si le patient s’évertue à vouloir demeurer dans la classe de l’enseignant, c’est qu’il cherche ses sources par défi… L’un défend celui qui sait. L’autre défend celui qui n’a plus besoin d’apprendre. Et tous deux risquent de perdre de vue l’essentiel. L’éveil véritable ne consiste ni à enseigner depuis une position acquise, ni à croire que l’on est arrivé, mais à demeurer suffisamment disponible et poursuivre ce qui se présente.
La responsabilité de l’enseignant serait alors de savoir disparaître progressivement derrière ce qu’il transmet. Et celle du patient, de découvrir sa propre autonomie ailleurs, sans avoir besoin de nier ce qu’il a reçu pour pouvoir s’en libérer. Sans rechercher de remise en cause systématique autour de soi. Un recul constant sur le monde extérieur est essentiel. Ce processus est déterminé par une durée très personnelle… Le temps pour comprendre, pour accepter, pour assimiler, traverser et pardonner… Pour accéder à sa liberté…
Un patient peut se demander :
« Est-ce que je conteste parce que je deviens réellement autonome, ou parce que ce que j’entends touche encore un endroit que je ne veux pas regarder ? ».
Jamaël pour SAMAUMA





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